Patrimoines, paysages, bien commun : les vers sont dans le fruit

Pourquoi cette frénésie de destructions du bien commun ?

Pourquoi le bien commun est-il si souvent sacrifié aux intérêts étrangers à l’écosystème et à la société ?

Pourquoi les processus de décision institutionnalisés privilégient-ils ces intérêts ?

Pourquoi la défense du bien commun est-elle un parcours du combattant ?

Pourquoi la défense du bien commun conduit-elle presque systématiquement à la marginalisation du lanceur d’alerte ?

Pourquoi l’oubli et l’incompréhension du bien commun ?

Pourquoi cette déculturation ?

Pourquoi n’y a-t-il pas de recours contre les détournements et les saccages ?

…encore l’exception française :

le seul pays à avoir confié la compétence d’urbanisme au niveau le plus incompétent et le plus soumis à pressions : les maires

un essai :

(…)

L’incurie des élus

(…) Libérés depuis vingt ans d’une lourde tutelle administrative, les élus locaux auraient pu contenir l’invasion de tôle et d’enseignes barbares. Au lieu de cela, ils l’ont appelée de leurs vœux. Il faut le voir trottiner aux basques du préfet, l’élu, quand il fricote l’implantation d’une ZAC.

Cette engeance, parfaitement démocratique, ne conçoit le progrès qu’en terme de taxe professionnelle et d’extension de zones. Ses représentants les plus hardis, lorsqu’ils déclament leur credo, modulent sans peine des accents définitifs : « Une ville, cela s’administre comme on dirige une entreprise ! » (…)

extrait de Le paysage, les ploucs et moi, Nicolas Chaudun, éditions du Rocher 2002

Saint Gengoux le National, ici coulait un ruisseau jusqu’en 1983.

Les quatre arbres à gauche sont les vestiges de sa ripisylve.

un colloque

(L’élu et le paysage : Comprendre et mesurer les valeurs économiques du paysage, Grande Arche 2014)

François Tacquard :

(…) En territoire rural, le paysage est le résultat d’éléments biologiques, agricoles, forestiers… Lorsque le paysage rural subit des modifications, c’est pour longtemps.

La communauté de communes que je préside, en territoire rural, est confrontée à un mitage des fonds de vallée et à des friches industrielles, à une avancée des bois et des friches qui contribue à la fermeture des paysages. L’explosion urbaine est mal maîtrisée et contribue à boucher les fonds de vallée. En 1994, un plan de paysage a été lancé pour inverser ces tendances, reconquérir les paysages et lancer une forte dynamique agricole dans la vallée. 40 emplois agricoles ont été créés à cette occasion. Depuis 1996, les mesures agro-environnementales globales ont fait leurs preuves, elles ont permis l’installation d’agriculteurs, la réouverture de 1000 ha de paysage, mais le mitage a continué. Les POS et PLU Grenelle n’aident pas.

Au passage, je souligne que je n’ai pas trouvé de guide ou de mémento à destination des aménageurs de l’espace rural leur donnant des pistes méthodologiques pour agir.

Je distingue plusieurs types de valeurs économiques du paysage :

1. La valeur résidentielle : les villages les mieux restaurés et tenus sont les plus recherchés, la demande foncière y est plus importante. Une réflexion est en cours au niveau du PLU intercommunal,

2. La valeur pour l’économie agricole et touristique : un paysage « beau » est un paysage dans lequel une gestion de qualité a été mise en place, pour un coût modique,

3. La valeur pour l’économie « moderne » : nous avons créé des zones d’activité ex-nihilo, mais les entreprises ne s’y installent pas. A contrario, il existe de nombreuses friches industrielles dans les vallées vosgiennes. Nous avons transformé 200 000 m² de ces friches, au coût de 300€/m². Les aménagements mis en place sont modestes mais respectueux du patrimoine.

Aujourd’hui, une centaine de PME sont venues s’installer dans ces anciennes friches. Nous ne faisons pas là de « paysagisme », mais une gestion de qualité et une gestion stratégique des paysages. Je prône la méthode des éco-paysages : l’agriculture doit respecter le terroir, il faut nous projeter sur 50, 100 ans. Les premiers consommateurs de ces paysages sont les habitants.

En zone rurale, la valeur résidentielle est la première des valeurs économiques du paysage.

Michel Blain :

Le volet paysager du permis de construire n’est pas opposable, ne faudrait-il pas rendre ce volet paysager plus contraignant ?

François Tacquard :

(…) en France, nous sommes le seul pays à avoir confié la compétence d’urbanisme au niveau le plus incompétent et le plus soumis à pressions : les maires. Laisser la compétence de l’attribution des permis de construire aux communes est aberrant : il n’y a aucune compétence en urbanisme et en paysage au niveau des communes. L’échelle de la commune

n’est pas adaptée, c’est donc bien au niveau des intercommunalités que cela doit se jouer. Pour s’occuper d’urbanisme, il faut aux décideurs une certaine distance, qui correspond selon moi à un territoire regroupant au minimum 15 000 habitants. (…)

……………………………………………………………………………………………………….

C’est un élu qui dit cela, un homme qui a toute l’expérience voulue par apprécier toutes les dimensions du problème :

François Tacquard est agronome,

Directeur d’un Bureau d’étude en aménagement du territoire et développement rural,

Président de la communauté de communes de la Vallée de Saint-Amarin (Région Alsace, 15 communes, 13 000 habitants)

……………………………………………………………………………………………………

Extrait de

Le paysage, composante majeure de la dynamique économique locale

Saint Gengoux le National, un ruisseau à écrevisses sans ripisylve, piétiné par les troupeaux, mort.

Un autre colloque : 

 PAYSAGES DE L’APRÈS-PÉTROLE

(…) L’opération pilotée par la communauté de communes a été réalisée avec l’aide de vingt-cinq associations qui rassemblent des centaines de bénévoles. Les acteurs locaux ont été sollicités et se sont organisés. « Le fait que des mouvements et des solidarités se mettent en place en dehors d’une initiative venant des élus contribue à la bonne marche du projet car les dynamiques en question ont une vie propre. »

(…) Pour nombre d’habitants et de nouveaux élus, la vie à la campagne signifie la possibilité de construire n’importe où pour jouir d’un maximum d’espace. Une nouvelle conception du développement urbain appelle un travail particulier avec les nouvelles équipes communales afin de bien partager la cohérence du projet.

Les arguments des élus communautaires sont entendus car cette gestion économe de l’espace est rationnelle à plusieurs titres : techniquement, une rue dense est moins onéreuse pour la collectivité ; patrimonialement, elle rend plus lisible l’image du territoire ; en matière de gestion globale de l’espace, elle favorise enfin un éco-paysage de qualité. (…)

(…) Parler des paysages de l’après-pétrole sous-entend pour certains une approche énergétique portant essentiellement sur les économies d’énergies et sur les ressources alternatives au tout-pétrole. À travers l’exemple de la Vallée de Saint-Amarin, un autre visage des paysages de l’après-pétrole s’esquisse : « L’après-pétrole consiste aussi à réparer ce que l’ère du pétrole a fabriqué de négatif dans les territoires » tels que le mitage urbain, l’agriculture qui appauvrit les sols, la mobilité gaspilleuse de terres et d’énergie… Avec

l’après-pétrole, il s’agit de « regagner de la qualité urbaine dans les endroits abîmés » et de retrouver pour les nouveaux projets une relation cohérente et vivante avec l’identité et les ressources propres de chaque territoire. (…)

(…) Le projet est parti de la question de l’eau : au début des années 1990, la Drôme était une rivière non baignable à 95%. Aménagée et gérée depuis quinze ans, elle est devenue une rivière baignable à 95%. Les habitants

se détournaient de leur rivière il y a trente ans : aujourd’hui, elle fait la fierté et le plaisir des habitants de la vallée comme des villes voisines. La rivière a repris un usage, source de bien-être. De là un changement de regard pour la population : une ressource naturelle a émergé, un lieu paysager de première importance a été reconnu comme tel.

Dans les enquêtes sur la qualité du cadre de vie, 90 % des habitants confirment désormais leur attachement aux paysages et au patrimoine qui est le leur, et le soin qu’ils en ont. (…)

(…) Né de cette politique de l’eau, le projet Biovallée en a élargi l’ambition en visant plus généralement l’état des sols, la qualité de l’air, l’accès au soleil et la biodiversité, autant de biens communs sur lesquels les autorités

politiques et la population peuvent fonder une production de biens et de services de qualité pour tous les habitants. En préservant l’eau, en veillant à la qualité de la nourriture, en produisant des éco-matériaux et des énergies renouvelables, en veillant aux modes de déplacement comme à la qualité des relations culturelles, sociales et économiques, nous avons été amenés à produire une qualité de l’espace, une qualité du paysage (…)

Intégrer le paysage dans les politiques publiques

La question du paysage reste singulièrement sous-estimée dans la décision comme dans la mise en œuvre des politiques publiques. Il y a là un immense paradoxe, qu’il faudra arriver à dépasser. Le paysage où l’on vit est une réalité en proximité essentielle avec le quotidien de chacun. Or, pour améliorer le cadre de vie, on a des outils normatifs qui sont généralement inaccessibles au peuple et passent à côté des vrais enjeux car ils parlent très peu de la beauté d’une vue, de l’odeur de la végétation, de la profondeur du silence… (…)

A l’évidence, il est temps d’inclure le cadre de la vie dans le champ de la décision démocratique. C’est là que la question du paysage devient éminemment politique. Quand on lit un paysage, on voit ce qui a été fait, ce qui a été décidé et l’accumulation de ce qui a ou n’a pas été fait dans la durée.

ACTES DU COLLOQUE PAYSAGES DE L’APRÈS-PÉTROLE

Solutions paysagères pour territoires en transition

20 novembre 2014

Saint Gengoux le National, le faubourg des Tanneries détruit avec son ruisseau

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