Et vous, « anthropocène », ça vous va ?

Les écologistes, ceux qui avaient été taxés de « catastrophistes » par les organisateurs de la catastrophe, avaient alerté à temps pour éviter ce qui est constaté aujourd’hui. Ils avaient aussi proposé une tout autre voie, celle du vivant et de la convivialité.

Semaine de la Terre avril mai 1971

Anthropocène… L’Homme ? Les hommes ?

Juste un problème souligné par les écologistes depuis longtemps déjà… bien avant l’apparition de anthropocène dans un article de la revue Nature en 2002 : cette appellation est parfaitement inexacte. Au pied de la lettre, elle est non-scientifique (ça la fout mal pour Nature !). Car « l’Homme n’est pas aujourd’hui la principale force gouvernant l’état, le fonctionnement et l’évolution de la planète. (…) », comme l’affirmait Pierre Le Hir dans Le Monde du 15 01 2015 (2). 

L’Homme… Où l’on retrouve encore cette abstraction fourre-tout abondamment utilisée par ceux qui veulent se faire oublier en impliquant tous les hommes.

Or, tous les hommes ne sont pas – et de très loin – responsables de la dégradation de la biosphère. La nouvelle gauche (new left) des années soixante-soixante dix (en particulier les écologistes qui étaient pour beaucoup dans sa dynamique), les peuples autochtones et la grande masse des appauvris par la globalisation, les paysans spoliés de leurs terres, de leurs vies, et les artisans, les petits commerçants, tous les ruinés, les condamnés au petit salariat ou au chômage, etc., sont englobés par l’expression anthropocène. Victimes, lanceurs d’alerte et responsables, tous mêlés ! Amalgame qui rejoint habilement la facilité de la généralisation, façon les gensles hommes sont comme ci, les hommes sont comme ça… On voudrait nous faire perdre de vue comment nous en sommes arrivés là qu’on ne s’y prendrait pas autrement. 


Cet
anthropocène résulte de l’intensification des productions et des fonctionnements nuisibles à la vie ; orientations décidées par des minorités réunies dans les capitalismes d’Etat et dans la conquête ultra-capitaliste mondiale durant « la grande accélération« . Celle-ci correspond exactement à la période de l’imposition du système impérialiste sur les hommes et l’ensemble vivant, avec le néo-libéralisme – bientôt ultra – pour principal moteur. Cela a donc été organisé, planifié, soutenu par des efforts propagandistes sans précédent pour qu’il y ait rupture avec la culture du bien commun, et empêcher que les lanceurs d’alerte, les victimes et les révoltés n’entravent la réalisation du programme, qu’ils ne nuisent à l’avènement de la dictature du profit. C’est l’histoire de la Guerre Froide avec, du côté occidental, le développement d’une machine de guerre culturelle qui a laminé les résistances traditionnelles et les nouveaux mouvements critiques – par exemple, le Congrès pour la Liberté de la Culture dont le siège était à Paris pour mieux contrôler le peuple de 36, de la Résistance et des grandes grèves d’après-guerre, puis de 68 (à sa tête, un certain Denis de Rougemont). D’ailleurs, anthropocène ressemble à s’y méprendre à une production de ce Ministère de la Vérité.


Les responsables de la dégradation de la biosphère étant les assoiffés de pouvoir et de profits, les capitalistes de tous bords, les promoteurs de la mutation néo-capitaliste, puis néo-conservatrice (les
néo-cons), ceux qui se revendiquent de la culture anti-nature, une bonne appellation pour cette funeste période est bien plutôt capitalocène.

(1) par exemple, l’avancée inexorable du Jour du Dépassement. Ci-dessous, en juillet : dès lundi 8 août, l’humanité vivra à crédit

(2) L‘Homme a fait entrer la Terre dans une nouvelle époque géologique 

http://www.lemonde.fr/planete/

L’article de Pierre Le Hir est, par ailleurs, excellent. D’autant qu’il souligne que la « prise de contrôle a commencé dans les années 1950 » avec la grande accélération.

 

novembre 2016

 

Le fiasco est complet

Après le Jour du Dépassement * établi maintenant au début du mois d’août, le dernier rapport sur l’état de la biosphère confirme l’effondrement du vivant. Vu la progression exponentielle des destructions et la furie de la domination et du profit qui ont été imposés à peu près partout et à tous les niveaux, il ne peut en être autrement.

  • de la capacité de la biosphère à renouveler ce que les hommes consomment et détruisent chaque année

http://assets.wwffr.panda.org/downloads/27102016_lpr_2016_rapport_planete_vivante.pdf

Cependant, il est fâcheux que le rapport soit sous-titré « Risque et résilience dans l’Anthropocène » et que, tout au long du texte, on rencontre « l’Homme«  au singulier. De même cet « Homme«  est distingué de « la Nature« , comme si l’humanité était étrangère à la biosphère. Mais s’agit-il d’une maladresse ? Cela cache les causes culturelles et structurelles du naufrage. Aucune esquisse d’analyse là-dessus ! Ainsi, l’attention est-elle détournée du principal responsable du désastre, qui n’est, évidemment, pas l’humanité dans son ensemble (1) !

Face à une telle faillite, ne serait-ce que pour deviner comment enrayer le processus mortifère, l’important serait d’apprendre comment et pourquoi – bref, l’histoire de toute l’affaire.

Le hic, c’est que cet « Anthropocène » rejette la responsabilité sur tous, y compris les victimes (1). Donc, il détourne des questions éclairantes sur la genèse du processus. A croire que le mot et l’idée ont été pondus exprès… Tactique de l’écran de fumée ? Une grosse annonce très médiatisée pour attirer l’attention en paraissant à la pointe de la cause écologiste, mais assortie d’un message lénifiant et démobilisateur, un leurre qui accroît la confusion… Comme souvent.

Les écologistes analysent et préviennent depuis des dizaines d’années, plusieurs générations. Sans même évoquer les grands anciens, l’alarme a été donnée dans les années 1950/1960.

Il y avait, alors, un vrai sentiment d’urgence car des destructions sans précédent étaient développées partout, et les projets mirifiques présentés comme des « progrès » annonçaient des désastres encore plus grands. La disponibilité et la sensibilité étaient plus grandes qu’aujourd’hui, puisque les prémices des catastrophes actuelles qui ne motivent pas grand monde avaient suffit à soulever un mouvement planétaire. Alors, tous parlaient de « prise de conscience« . Mais, ce que nous ignorions et qui expliquait la mutation dont nous ne voyions que les effets, c’est la prodigieuse mobilisation de forces pour pousser sans limites l’exploitation des hommes et de la biosphère : la globalisation néo-capitaliste.

En ces temps de guerre économique totale sous prétexte de « guerre froide« , l’alerte écologiste n’est pas passée inaperçue des stratèges à la manoeuvre. Une partie de l’appareil de la « guerre froide » a été redirigée contre les nouveaux trublions. Très vite, les écologistes ont été entourés par des gens qui disaient partager leurs inquiétudes, et ne leur vouloir que du bien. Mais ceux-là étaient venus pour tout autre chose. Comme auparavant les militants sincères des organisations syndicales et politiques *, les écologistes indifférents aux manœuvres de séduction-intimidation ont bientôt été muselés, escamotés, remplacés par des masques, rejetés et condamnés à l’impuissance et au silence. Bannis. Le capitalisme ne souffre aucune résistance.

  • principalement entre l’organisation de la scission de la CGT, en 1946/47, et la vidange du PSU en 1964

 

En quelques années, c’en était fini de la mobilisation des consciences et des volontés. La finance, les lobbies adoubés, les ex-faux gauchistes révélés néo-cons, et les « gagneurs« , avaient le champ libre. Nous ne cessons d’en admirer les résultats.

Les foules n’ont rien vu de la substitution. Elles n’ont pas non plus compris pourquoi leurs espoirs étaient sans cesse bafoués par ceux qui disaient les représenter et les défendre. Elles ont longtemps continué à élire les imposteurs en espérant un retour à la cohérence. La confusion engendre toujours plus de confusion.

Le désastre n’a pas été généré par la culture du bien commun qui, naturellement, a longtemps été la mieux partagée. La situation écologique est devenue gravissime parce qu’elle l’est culturellement, philosophiquement et politiquement depuis longtemps, parce qu’il y a eu un changement de paradigme, d’habitudes et de réflexes. Avec l’élimination systématique des forces vives de la nouvelle gauche écologiste qui proposaient la restauration de la culture du bien commun pour éviter le chaos et construire une civilisation conviviale, le sens, le « bon sens« , celui inspiré par le vivant, a été perdu.

Maintenant, le risque est très grand que les foules abusées et désinformées se tournent massivement vers les Diafoirus les plus fous. C’est déjà le cas pour ceux qui sont tombés dans la violence et augmentent l’alarme des autres désorientés.

Les apprentis sorciers ont lancé et continuent d’entretenir la spirale infernale. Le leurre Anthropocène démontre leur volonté de ne rien changer sur le fond (2).

ACG

 

(1) Le seul exemple, mais apocalyptique, de l’huile de palme industrielle dit où sont les responsabilités : « Huile de palme : désastre mondial« 

http://naufrageplanetaire.blogspot.fr/2009/01/la-culture-anti-nature_08.html

Dans tout ce rapport de 144 pages, pas une fois capitalisme, capitalisation ou globalisation. Pas même libéralisme. Tout juste libéralisation (du commerce) : 2 fois.

(2) Au lieu d’être un obstacle pour le capital, le réchauffement climatique lui permet de s’étendre à de nouveaux secteurs

« (…) Y a-t-il une réelle volonté des Etats et des sociétés d’enrayer le réchauffement climatique ? Géographe et politiste suisse Romain Felli en doute et voit plutôt se profiler, depuis des années, une logique d’adaptation qui servirait un «capitalisme climatique». Dans un essai percutant, la Grande Adaptation : climat, capitalisme et catastrophe, il met en lumière ce qu’il estime être un renoncement. (…) »

La Grande Adaptation, par Romain Felli

https://www.unige.ch/environnement/fr/home/actualites/la-grande-adaptation/

Le capitalisme tire parti de la crise climatique pour sauver ses profits

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