L’exemplaire destruction d’une tête de bassin versant

Comment en sommes-nous arrivés à la pollution de toutes les eaux et de tous les sols, à l’effondrement des populations d’insectes, d’oiseaux et de mammifères, à la dérive climatique, à l’eau rare et chère… bref à la dégradation généralisée que chacun peut maintenant constater ?

Pour bien le comprendre, se pencher sur les dérives locales, même à petite échelle, est tout aussi édifiant que l’étude des dérives planétaires.

 

carte de Cassini XVIIIème siècle

 

«Dans nos pays de l’Europe civilisée où l’homme intervient partout pour modifier la nature à son gré, le petit cours d’eau cesse d’être libre et devient la chose de ses riverains. Ils (…) l’emprisonnent entre des murailles mal construites que le courant démolit; ils en dérivent les eaux vers des bas-fonds où elles séjournent en flaques pestilentielles; ils l’emplissent d’ordures qui devraient servir d’engrais à leurs champs; ils transforment le gai ruisseau en un immonde égout


Histoire d’un ruisseau, Elisée Reclus, 1869

 

1 siècle après, la Terre était encore en assez bon état. Il y avait encore place pour l’espoir. Mais de nouvelles agressions massives et les projets d’exploitation mondialisée avaient soulevé l’inquiétude et fait se lever partout le mouvement écologiste et d’autres mouvements critiques et alternatifs à la civilisation imposée par la globalisation capitaliste.

Une cinquantaine d’années plus tard encore, la situation est dramatique.

Pourquoi les alertes n’ont-elles pas été écoutées ?

Comment l’aveuglement n’a-t-il pas cessé de progresser ?

Comment les profiteurs-pollueurs-destructeurs ont-ils pu s’affranchir de toute régulation ?

L’exemple d’une petite cité, mais de longue et belle histoire et qui avant d’être dégradée a, elle aussi, connu un éveil remarquable il y a 50 ans, révèle un développement des influences néfastes, la corruption et le dévoiement des mécanismes de représentation. Il démontre que les mêmes processus délétères ont, à tous les niveaux, pris le pas sur la conscience du bien commun et l’amour du vivant.

 

 

L’ancienneté de la défense du bien commun et la progression inexorable des destructions

 

Entre beaucoup d’autres curiosités, une révélation qui suscite beaucoup d’interrogations…

 

Le bien commun est nu devant ses prédateurs

 

Comment la démocratie divorce d’avec le bien commun

 

 

 

 

 

L’ancienneté de la défense du bien commun

et la progression inexorable des destructions

Plus d’une quarantaine d’années d’information et de tentatives de sensibilisation, d’initiatives constructives, de résistances aux projets destructeurs. Et… rien n’y a fait. Les destructions n’ont cessé d’être multipliées et l’essentiel – l’eau et ses milieux – a été perdu.

 

 

Une quarantaine d’années car la dernière alerte pour l’eau, le patrimoine architectural, la vie de la campagne et du village (2007-2017), s’inscrit dans la continuité des actions qui l’ont précédées, au moins depuis 1973 :

« En 1973, un espoir naquit. Une association de sauvegarde et de mise en valeur se constituait, sous l’impulsion de quelques jeunes du pays. Grâce à l’impulsion de l’Union R.E.M.P.A.R.T., où sont affiliées les équipes qui ont sauvé également l’église du Puley et celle de Saint-Hyppolite, un chantier de jeunes bénévoles s’ouvrait en août 1973 et commençait le dégagement et la consolidation des remparts. Dans le même temps, des relevés architecturaux était commencés, afin d’avoir un programme d’ensemble permettant d’aboutir à une proposition permanente de sauvegarde. Cet effort se poursuivait en 1974, avec la restauration des voûtes d’une ruelle médiévale, quelques travaux aux remparts, et la poursuite de l’étude de la ville. (…) »

J.-P. Thorreton

Sites et Monuments octobre – novembre – décembre 1974 – n°68, revue de la Société pour la Protection des Paysages et de l’Esthétique de la France (SPPEF), pages 34, 35, 36

 

RENAISSANCE VAUBAN A MAUBEUGE – CHARTRES – NANTES – ILE EN PERIL – SALIES-DE-BEARN – MILLAU-EN-ROUERGUE – SAINT-GENGOUX-LE-ROYAL

C’est grâce à la ténacité d’une personne du collectif de sauvegarde que ce document a été découvert en 2016 au hasard d’une énième recherche (plus de 8 ans après le début de l’action !).

 

 

La découverte de l’antériorité, non pas d’une alerte, mais de plusieurs alertes similaires a été un choc pour les défenseurs d’aujourd’hui. D’un coup s’ouvrait une perspective de plusieurs dizaines d’années qui révélait beaucoup de choses, surtout sur ce qui avait été soigneusement caché. Cela rendait encore plus faibles et curieuses les objections relatives au non-engagement de la population, donc à l’importation d’une « action étrangère à la commune » (prétexte avancé par des associatifs du secteur). Surtout, cela mettait plus en évidence la duplicité de ceux qui dénigraient la nouvelle alerte pour la décourager. En 8 ans 1/2 de contacts et d’actions de sensibilisation, personne ne nous avait parlé de ce précieux témoignage sur le mouvement culturel qui avait animé la cité. Ni de beaucoup d’autres choses, d’ailleurs. Pas même celles et ceux qui connaissaient très bien les informations qui auraient permis de mener une action plus efficace. Cela n’était, donc, pas seulement de perte de mémoire qu’il s’agissait, mais d’une omerta en rapport avec la dégradation d’ensemble ; à la fois cause et conséquence.

Car le long temps ne pardonne pas. Il montre les variations et les constantes. Il trahit les mensonges et les dissimulations. Il met en relief les évolutions et les régressions. Et, là, c’est d’une impressionnante régression qu’il s’agit.

 

 

 

Nous avons retrouvé trace d’une association : Villa Vallis (dissoute en janvier 2006).

Plusieurs de ses actions :

– récupération et restauration de la Tour des Archers,
– projet de réaliser des jardins médiévaux entre la Tour et la Cité (une idée équivalente à celle proposée en 2008, sans connaissance de la première),
– opposition au projet de détruire les maisons de tanneurs et l’hospice renaissance du Faubourg des Tanneries,
– défense de l’îlot médiéval de l’Abondance menacé de destruction (pour faire un parking !),
– création d’une fête médiévale,
– création du marché de nuit,
– opposition au projet d’implantation d’un grand supermarché, avec services, entre la Tour des Archers et la Cité médiévale et classement en zone de protection, etc.

 

Mais c’est une autre dont Jean-Pierre Thorreton a observé l’action en 1974 : une association locale du réseau Rempart. Entre le Prieuré Saint Christophe du Puley, l’église de Saint-Hyppolite et plusieurs tours de Saint Gengoux, les associations locales étaient particulièrement dynamiques.

 

Si l’action menée ces dix dernières années correspond exactement à l’esprit des actions précédentes, elle s’est développée dans un contexte profondément différent. L’ambiance s’était considérablement dégradée (1).

 

Au Puley et à Saint Hyppolite, les associations de sauvegarde Rempart sont toujours bien vivantes et poursuivent les chantiers de restauration et d’entretien. Rien ne subsiste à Saint Gengoux où tout semble avoir été effacé; excepté, pour quelques initiés, la mémoire de Marguerite Rebouillat qui a joué un grand rôle dans l’éveil d’il y a une cinquantaine d’années.

 

Villa Vallis avait été principalement animée par deux artistes, Anne Lanci et Marcel Luquet (également constructeur de caravanes). Curieusement, le souvenir de cette association, qui a pourtant beaucoup fait pour Saint Gengoux, semble embarrasser nombre d’habitants.

des caravanes qui, désormais, sont des pièces de collection

 

Le mouvement observé par Jean-Pierre Thorreton n’était pas né de rien. Il témoignait d’une activité culturelle déjà ancienne. La sensibilisation à l’environnement et au patrimoine se développait partout depuis les années cinquante. Ainsi était née en 1965 l’association Maisons Paysannes de France qui, alors, s’identifiait à la nouvelle gauche écologiste (comme j’en ai été témoin et comme l’a attesté Bernard Charbonneau).

 

La qualité et la force des actions décrites par Jean-Pierre Thorreton révèlent une préparation, probablement d’autres actions, et une longue prise de conscience. Déjà, une dizaine d’années auparavant, au début des années 1960, sinon dans les années cinquante, le projet de combler le canal du XVIIIème siècle où coulait le Ruisseau de Nolange dans la cité, et de détourner l’eau vidée de toute vie dans un égout, avait suscité une forte opposition (2). Et il est vraisemblable que le déplacement de la décharge municipale en haut du Vallon de Manon, de façon à polluer la source historique de la cité médiévale (et faire entrer la Saur dans la gestion municipale), puis son abandon et la poursuite de sa pollution, ne se sont pas faits sans éveiller les critiques !

 

L’inscription à l’Inventaire supplémentaire des Monuments Historiques de la cité et de ses abords en 1968 – en 68 ! – confirme l’ancienneté de la mobilisation pour le patrimoine puisque l’administration ne statue qu’après avoir été saisie par une collectivité territoriale ou une association de défense.

 

C’est encore une recherche internet qui a permis de trouver trace des actions menées avant 1974 dans un article du numéro 11 de la revue « Images de Saône et Loire » découvert dans ce dossier :

http://www.saint-hippolyte-71.org/les-premiers-chantiers-de-1971-a-1990/

La revue est produite par le Groupe Patrimoines 71 dont l’histoire conforte le constat d’une sensibilisation au bien commun, dans les années 1960/70 ; sensibilisation dont nous sommes bien loin aujourd’hui. Cette association a été fondée en 1969 « pour la connaissance, la protection et la mise en valeur du patrimoine humain et naturel en Saône-et-Loire« . Bien entendu, personne n’en a parlé au dernier Collectif de Sauvegarde.

 

Depuis, au moins deux mouvements se sont succédés, parfois en ignorant les efforts de ceux qui les avaient précédés. C’est le cas du dernier collectif qui a presque lutté 10 ans. Que s’est-il passé entre-temps ? Pourquoi une sensibilisation et une mobilisation déjà anciennes se sont-elles éteintes à Saint Gengoux le National, complètement éteintes, et seulement là puisque le même élan se poursuit au Puley et à Saint Hyppolite ? Nous avons remarqué que c’est justement le lieu où se concentraient le plus de richesses culturelles et naturelles, ce qui aurait dû, tout au contraire, générer et entretenir un mouvement fort au fur et à mesure de la revalorisation. Mais Saint Gengoux le National est aussi l’endroit où l’on a vu se manifester avec une grande force les lobbies de la prédation et du détournement du bien commun (eau, grande distribution, agriculture industrielle, béton et bitume, automobile, ordures ménagères et recyclage, etc.)… Comme à grande échelle quand ils convoitent un bien commun ou un service public, il y a peu de doute que les lobbies n’aient pas tout fait pour étouffer les résistances (et les scrupules), et jusqu’à la moindre proposition alternative, afin que toutes les règles de protection puissent être bafouées sans faire de vagues.

 

En 2008, quand a commencé la dernière action, la proposition permanente de sauvegarde portée par l’association Rempart locale avait été moquée, méprisée et enterrée, effacée des mémoires, avec la mobilisation qui l’avait portée. Comme le craignait JP. Thorreton, l’architecte du patrimoine qui témoignait dans la revue Sites et Monuments, presque tout ce que les uns et les autres voulaient préserver pour revaloriser l’ensemble de la cité médiévale et sa campagne avait été détruit avec application :

  • Le faubourg renaissance des Tanneries avec les maisons de tanneurs et l’ancien hospice aux colonnades,

  • l’enceinte du Couvent des Ursulines avec son enceinte et ses portes ouvragées,

  • un pâté de maisons médiévales remarquables proche de l’église classée, au coeur de la zone de protection (l’îlot de l’Abondance),

  • les ruisseaux avec leurs ripisylves au nord et au sud de la cité,

  • les fossés du mur ouest et le canal du XVIIIème siècle où coulait, depuis, le Ruisseau de Nolange dans sa traversée de la cité, etc.

Démolis, dépecés, comblés, rasés, l’eau polluée conduite dans les égouts, dévastés. Sans s’étendre sur les innombrables dégradations du bâti traditionnel !

 

l’une des destructions du début des années 1980 : le Faubourg renaissance des Tanneries

(sous la haute protection des Bâtiments de France)

 

Et les nombreuses sources, les rivières, les mares, et leurs populations, empoisonnées, détruites. Et les haies, et les chemins creux, et les bois, et la majeure partie de la campagne, saccagés. Et, maintenant, un nouveau remblais est construit (parking et supermarché) au sortir du Faubourg des Tanneries dans le lit même du ruisseau sacrifié, détruisant du même coup le paysage, un espace naturel proche des habitations, une terre favorable au maraîchage – une richesse ! – pour en faire un dépotoir de banlieue.

 

 

 

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Entre beaucoup d’autres curiosités, une révélation qui suscite beaucoup d’interrogations…

 

L’association Villa Vallis avait déjà sauvé le même endroit (le Pré A l’Agasse) du même projet (avec le même promoteur) au début des années 1980. L’association avait mené différentes manifestations et, surtout, lancé une pétition qui avait recueilli 900 signatures – dans une commune de 1000 habitants ! Le succès de cette pétition est d’autant plus étonnant que beaucoup de ses signataires ont, cette fois, laissé faire et n’ont rien dit au nouveau collectif de sauvegarde, s’ils n’ont pas basculé dans le camp du promoteur.

Encore plus étonnant : suite à la pétition, les Bâtiments de France ont classé cet espace naturel, précieux à double titre, en zone protégée (Zone de Protection du Patrimoine Architectural, Urbain et PaysagerZPPAUP). Or, cette fois, les Bâtiments de France se sont bien gardés de répondre au collectif. En effet, pas même un accusé de réception ! Mieux encore, comme nous l’a précisé l’opposition municipale, pour autoriser la relance du projet repoussé une trentaine d’années auparavant, il faut donc que le Pré A l’Agasse où passe le ruisseau ait été déclassé de façon expresse, sans procédure (toujours longue), sans révision du POS et sans enquête publique… déclassé par le service même qui l’avait protégé contre le même projet !

Comment ?

Cette longue histoire étrange faite de mensonges, de libertés prises avec la législation et de destructions furieuses du patrimoine architectural et écologique, tout cela pour changer en terrain à bâtir une zone humide agricole en lisière de cité, laisse supposer que son objet principal est plus encore la spéculation foncière que la captation de l’économie commerciale locale. C’est, de toute façon, la manifestation d’une stratégie d’emprise totale caractéristique de l’action des lobbies.

 

 

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La cité médiévale y a perdu toutes ses eaux vives (la raison même de l’installation des hommes dans ce lieu), l’essentiel de son caractère et presque toute sa biodiversité. Les anciens seraient épouvantés de voir ce qu’est devenu ce qu’ils avaient construit et su préserver.

 

Mais la désinformation et la fabrication de mirages continue. Le sublime a été atteint avec Les Nouvelles de la Communauté de Communes Sud Côte Chalonnaise (déc 2017, n°34). Page 3, on apprend un projet de « Site Patrimonial Remarquable » pour remplacer la « Zone de Protection du Patrimoine Architectural Urbain et Paysager » (ZPPAUP) actuelle *. Là où l’inscription à l’Inventaire Supplémentaire des MH et la ZPPAUP n’ont pas empêché les terribles destructions qui ont défiguré la cité et ses abords, là même où s’étend encore le ciment gris et le bitume dans les rues et places du centre, dans le lit du ruisseau historique et les prairies proches où, bientôt, allait débuter le chantier d’une zone commerciale sur remblais !

* c’est précisément celle qui avait été obtenue par l’association Villa Vallis pour… repousser la première tentative d’implantation d’un supermarché dans la zone humide à l’entrée sud de la cité !

 

La cité n’est pas tombée de Charybde en Scylla par hasard. Au début de la dernière action, il n’a pas fallu longtemps pour s’apercevoir que l’intérêt pour le patrimoine, pour les biens communs, était mal vu. Idem pour l’histoire récente : il n’y a pas eu transmission de la culture locale et de la mémoire des événements. La conscience et les efforts des anciens qui ont voulu protéger la cité avec l’inscription aux Monuments Historiques et la ZPPAUP sont maintenant méprisés.

 

L’attitude des élus en a rapidement témoigné. Même quand ceux qui allaient animer le comité de sauvegarde en étaient au stade de la découverte, il a été impossible de simplement discuter avec les élus. Dans un village de 1000 habitants ! Cela donne une idée de la qualité de la « démocratie française » et de qui la contrôle, même à cette échelle.

 

Mieux encore, l’enquête de terrain a même révélé une dissimulation généralisée :

  • dissimulation de l’état des eaux et de leurs milieux avant les pollutions et les destructions,
  • dissimulation des destructions patrimoniales,
  • « perte » de la mémoire des chantiers néfastes…

Interrogés sur le passé récent de la commune, la plupart semblaient frappés d’aphasie. Même les inondations étaient dissimulées ! Y compris les plus récentes figurant au Journal Officiel. Elles étaient carrément niées parmi les élus et leur entourage. Tout comme l’existence du ruisseau dans l’espace convoité par la grande distribution. « Jamais vu d’eau là ! » a osé affirmer un ancien en montrant l’emplacement du ruisseau sacrifié auprès duquel il avait vécu plus de la moitié de son âge, quand le ruisseau coulait libre et plein de vie. Mais, un peu plus tard, il avouera avoir été de ceux qui avaient voulu la destruction du ruisseau… Le ruisseau de son enfance, celui le long duquel il avait joué, où il avait profité de l’ombre de sa superbe ripisylve arborée, où il avait pêché, où il avait cueilli le cresson (devant la ferme de ses parents), celui que ses parents et les parents de ses parents, et une lignée de longue culture, lui avaient transmis en bonne santé, avec son eau bonne à boire, ses écrevisses, ses poissons, ses libellules… Comment cette rupture avec une culture séculaire et cette volonté féroce de destruction du bien commun ont-elles pu naître, grandir et s’imposer ?

 

le lit du Nolange après une douce, mais longue, pluie (juste devant la maison de l’ancien qui n’y a « jamais vu d’eau« )

 

Il a fallu beaucoup de patience et de recoupements pour retrouver des traces de ce qui s’était passé il y a seulement 30 ou 40 ans, et moins ! Et encore, l’omerta a empêché la communication de documents et l’échange avec les prédécesseurs. Comme par hasard, cet entretien de l’ignorance cultive le décrochage des nouvelles générations et favorise la propagande des projets les plus nuisibles, telle cette implantation de supermarché dans le lit du ruisseau qui avait été repoussée par les précédentes mobilisations.

 

 

Le bien commun est nu devant ses prédateurs

 

Les prédécesseurs des défenseurs des années 2000-2010 n’avaient pas pu bénéficier d’autant de lois, de règlements, de circulaires encadrant l’action des fonctionnaires et des communes, et d’institutions dédiées. Mais on voit qu’avec beaucoup plus de protections apparentes le résultat est le même. Et même pire ! Deux exemples :

  • Début 1980, l’administration préfectorale, qui était sous l’autorité du ministère de l’environnement et en charge de la protection des ruisseaux, a elle-même supervisé la destruction du ruisseau au sud de la cité. Aujourd’hui, avec plusieurs lois de protection en plus, la même administration a appuyé le projet de station-service et de supermarché – avant de faire in extremis machine arrière sur la station-service.

  • Les Bâtiments de France avaient classé le Pré A l’Agasse après le succès de la pétition de l’association Villa Vallis. Ils l’ont déclassé en dédaignant l’action du collectif de sauvegarde.

 

D’une manière générale, cette fois rien n’y a fait. Ni la nullité du permis de construire niant l’existence du ruisseau. Ni l’information, ni les démonstrations et les projets alternatifs, ni les rappels à la loi… La loi ? La loi sur l’eau et les milieux humides (LEMA), la loi sur la biodiversité, les circulaires ministérielles, les recommandations de l’Europe, les injonctions des régions… Superbement dédaignées par tous, et d’abord par les administrations en charge de les faire respecter :

Ministère de l’Environnement,

Direction de l’Environnement de la Commission Européenne,

Bâtiments de France (la zone est classée),

Onema,

administration préfectorale,

SDAGE,

comité de bassin,

ZNIEFF,

DREAL et Continuité Ecologique,

Schéma Régional de Cohérence Ecologique (3),

Stratégie Régionale pour la Biodiversité,

etc.

 

 

D’abord motivés et même désireux de travailler avec le collectif, les techniciens de l’EPTB (Etablissement Public Territorial de Bassin https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89tablissement_public_territorial_de_bassin) ont été aussitôt contrariés dans leur élan par les élus – tous (le retournement a été rapide et brutal). Les compétences de l’EPTB ont fini par avouer leur impuissance.

 

L’Agence de Bassin Rhône-Méditerranée-Corse a d’abord soutenu et a publié deux articles :

http://www.sauvonsleau.fr/jcms/c_7681/l-eau-perdue-de-saint-gengoux—-et-la-degradation-de-la-qualite-des-eaux-de-l-aval#.Wltelta4Bpo

http://www.sauvonsleau.fr/jcms/c_7716/un-ruisseau-a-sauver-d-urgence–le-nolange#.WltgJNa4Bpo)

…puis l’Agence s’est totalement effacée en prétextant l’impuissance – bien sûr, sans orienter vers une structure capable.

 

Même le Pays d’Art et d’Histoire a été détourné de sa vocation première par des intérêts hostiles à la préservation écologique et patrimoniale.

 

Durant l’été 2014, comme répondant à une consigne, toute cette armada impressionnante s’est évanouie sitôt qu’il s’est agit de sauver le ruisseau et la tête de bassin versant – et l’eau de tout l’aval d’une pollution déjà importante et bientôt augmentée. Tout à coup, plus un seul fonctionnaire à l’horizon ! Evidemment, cela n’est pas faute d’information ni de compétence. Ces structures fourmillent de compétences et disposent de toutes les armes pour agir. Pourtant, la plupart des portes sont restées closes, les courriers sans réponse, les participations sans lendemain, et les rares interlocuteurs ont tous disparu (seuls, trois ont eu la correction de s’excuser en disant l’impuissance de leurs institutions à faire évoluer une situation bloquée) ! Unanimité et coordination. Comme s’ils obéissaient tous au promoteur.

 

Cependant, le simulacre a continué. Justement, c’est quelques semaines après la rupture des relations qu’a lieu cette rencontre au sommet pour la protection des eaux du secteur :

« conservation des zones humides et restauration de la continuité écologique sont au coeur des préoccupations » de ces messieurs qui… ont déjà décidé de l’abandon de la tête de bassin versant de Saint Gengoux aux bétonneurs et aux destructeurs de sources et de ruisseaux.

 

 

A noter encore, l’incroyable carence des contrôles d’implantation des supermarchés qui auraient interdit cette réalisation à 300 mètres seulement des commerçants locaux, à l’entrée d’une cité médiévale, donc en la défigurant complètement, si la surface annoncée avait été supérieure de… 10 mètres carrés* ! La surface commerciale avoisine en effet les 1000 m², cela pour 1100 habitants (sans compter le parking polluant pour toute l’eau de l’aval).

  • Car, à quelques m2 près, en profitant d’une législation complaisante, la CDAC (Commission Départementale d’Aménagement Commercial) et la CNAC (Commission Nationale d’Aménagement Commercial) qui refusent ce genre d’installation dégradante pour le commerce local, le paysage et les milieux aquatiques, ont été shuntées.

     

    Dans le bulletin municipal (Gazette) n°38 de janvier 2018, « le Maire » (Delorme) ose se féliciter du « soutien (…) des services de l’Etat » pour vaincre toutes les résistances à l’implantation de la grande surface dans le lit du ruisseau historique de la cité (définitivement détruit), donc en zone inondable, et dans le périmètre de la tête de bassin versant de la rivière Grosne. En violation de toutes les règles de protection locales, nationales et européennes, et dans un mépris absolu de l’intérêt de tous à long terme. Cela confirme toutes nos observations. Nous voilà officiellement informés.

    Cela complète les responsabilités – entre élus et « services de l’Etat » – dans le saccage de 1 kilomètre de ruisseau et de son environnement dans le même secteur en 1983 :

    extrait d’un compte-rendu du Conseil Municipal de l’été 1984

     

    C’est la même situation que décrivait déjà JP Thorreton dans la revue Sites et Monuments en 1974. A propos de la « magnifique bâtisse du XVIIème siècle » du Faubourg des Tanneries, il annonçait la soudaine volonté des élus de tout détruire, volonté contraire au soucis des prédécesseurs et aux évolutions en cours, volonté en rupture avec leurs engagements, volonté aussitôt appuyée par les services en charge de la protection de ce patrimoine classé (en particulier par « l’architecte des Bâtiments de France« ) !

     

    Aujourd’hui, il faut encore se souvenir que le promoteur et tous ses appuis ont fini par jurer qu’ils ne toucheraient pas au lit du ruisseau (à la buse de 1982 où coule son eau morte). Car toute modification relève du Code de l’Environnement et entraîne l’application de la Directive-Cadre européenne sur l’Eau (2000/60/CE) et de la Loi sur l’Eau et les Milieux Aquatiques de décembre 2006 (LEMA). Or, ils ont fait plus que toucher, ils ont transformé le saccage de 1983 en nouvelle destruction :

     

    Et… Eh bien, les fonctionnaires sont restés l’arme au pied et la loi dans les tiroirs (infos dans L’EAU PERDUE de Saint Gengoux le Royal : Le ruisseau en termes de Droit, Contournements et détournements de la législation sur l’eau).

    Alors que tout nouveau chantier impose maintenant la remise à l’air libre et la renaturation, on voit que l’information semble n’être pas parvenue jusqu’à la Saône et Loire.

    Ceci résultant de cela, il semble probable que la grande destruction de 1983 préparait celle d’aujourd’hui : elle a permis de s’abstraire de la législation sur l’eau en mentant éhontément sur la nature du « terrain » (dans le permis de construire signé par tous, il était écrit : « le terrain n’est pas traversé par un ruisseau« ). Et, même après l’alerte, le recours et l’étude historique et écologique, c’est le lobby de l’anéantissement qui, en ignorant toutes les démonstrations, a triomphé avec le secours des « services de l’Etat« .

    Que prépare la dernière destruction ?

la progression irrésistible du désastre annoncé

 

 

 

Seul résultat de l’action, la station-service amphibie prévue précisément dans le lit mineur du ruisseau, avec ses cuves plongées dans la nappe phréatique d’accompagnement, dans la zone la plus inondable, ne sera pas construite. Remise aux normes, elle restera là où elle était, là où, prétendument, il était absolument impossible de la laisser – à cause, justement, des nouvelles normes (le choeur unanime des élus).

C’était quand même trop gros.

 

 

Manifestement, le travail du comité de sauvegarde – entre autres sur la nappe phréatique d’accompagnement du ruisseau et les inondations – a été utilisé par les administrations et les promoteurs. La surélévation du supermarché sur ce qui, déjà, était le point le plus élevé le démontre.

Mais aucune mesure de « compensation » pour la destruction du lit de ruisseau n’a été réalisée.

Pas davantage de retour du ruisseau « à son écoulement naturel à l’air libre » « au niveau de la plateforme commerciale« , comme annoncé au début de l’année. En grande partie excavé, le reste de prairie humide a été dévasté par les travaux et rien n’a été fait pour faire oublier le chantier.

 

 

Depuis la pollution de la Source de Manon par la décharge municipale placée exprès en haut de son vallon (et son abandon qui a fait entrer les intérêts privés dans la gestion municipale de l’eau), cela n’a été qu’un enchaînement de saccages profitables à des intérêts dissociés du bien commun, surtout étrangers au territoire (SAUR, Lyonnaise des Eaux, banques, grande distribution, Veolia…). Les uns préparant les autres. Ainsi, en 1981, à la sortie sud, la destruction complète du ruisseau de la cité préparait l’implantation du supermarché à laquelle Villa Vallis s’est opposée avec succès… 1981-2017, jolie continuité qui laisse deviner l’étendue des alliances intéressées déjà développées à l’époque et entretenues depuis. Et les tactiques développées pour s’assurer de tous les suffrages et les accointances – à tous les niveaux – favorables à la réussite du projet. Chaque nouvelle destruction aggravant la dévalorisation de la cité et de son environnement, aggravant l’oubli de ce qui a été, et l’ignorance, et la perte de conscience des habitants qui paraissent s’être accoutumés à cet enchaînement. Sans oublier l’appauvrissement culturel, écologique et économique pour toute la région, et la dégradation des eaux jusqu’à la Méditerranée. Et tout cela avec l’argent public !

 

Il est clair que les lobbies ont joué sur le long temps, sur l’oubli, et sur tous les moyens d’affaiblir l’éveil initial.

 

La différence est, en effet, spectaculaire entre l’indifférence d’aujourd’hui pour le bien commun et la capacité de mobilisation manifestée dans les années 1970, encore dans les années 1980 (début du repli individualiste). Pendant les années 2000 et 2010, il a été extrêmement difficile de susciter un intérêt (fugitif) pour l’eau et ses milieux, pour les autres patrimoines aussi, donc pour l’identité et la vie de la cité médiévale et des alentours. La défense de la cité n’a réveillé aucune véritable volonté ; tout particulièrement chez les jeunes (totalement absents), les associations et les syndicats régionaux et nationaux (étrangement fermés, ou apathiques, ou hostiles ?) (4). C’est aussi pourquoi la découverte des mouvement précédents a beaucoup étonné les défenseurs d’aujourd’huisurtout le fait qu’ils étaient animés par des « jeunes du pays » !

 

Les lanceurs et animateurs du nouveau collectif de sauvegarde, nouveaux habitants et retraités revenus au pays, avaient donc mis tout naturellement leurs pas dans ceux des désormais anciens des vieilles familles (quand ceux-ci étaient jeunes !).

 

Cela n’a pas empêché de nombreuses manifestations d’hostilité s’affichant sans complexe, fortes de l’apathie voire de l’assentiment de la plupart. Une vingtaine d’années après la pétition signée par 900 habitants, elles ont témoigné d’un complet renversement des valeurs et du développement d’un entêtement forcené à ravager les principales richesses de cette petite cité. Plus précisément, l’impressionnante série de destructions du bien commun condensée ici en une soixantaine d’années atteste d’une intensification sans précédent d’une prédation ne visant qu’à réaliser des profits immédiats au détriment de tous et de l’avenir.

 

 

 

Comment la démocratie divorce d’avec le bien commun

 

Malheureusement, le naufrage de cet endroit n’est pas simplement un mauvais exemple. Cette histoire condense les erreurs et les malfaisances développées à peu près partout pendant les « trente glorieuses » et la suite. C’est une période où les spéculateurs ont dicté la dérégulation économique, écologique et sociale, les politiques industrielles et les orientations technologiques, tout en faisant dire à des chiffres manipulés le contraire de ce qu’ils organisaient méthodiquement : le détournement de l’argent public et la mise à sac du bien commun, la spoliation des activités (5), et l’exploitation à mort du vivant – une authentique décroissance.

 

Il était encore possible de sauver, de réhabiliter et de relancer sur des bases saines. C’est ce qui a été plusieurs fois proposé à Saint Gengoux depuis les années 1970, et probablement avant. Mais, alors que, enfin, les vigies officielles s’aperçoivent de l’effondrement du vivant (populations aquatiques, amphibiens, insectes, oiseaux… biomasse *) et de ses conséquences climatiques, les solutions ont toutes été rejetées avec mépris – un mépris vertical – par des gens qui semblent ignorer la notion même de bien commun et plus encore ses dynamiques ; ou que, seule, leur « réussite matérielle » motive. Aucune marque d’intérêt pour leur propre environnement et son histoire, comme incapables d’appréhender l’ensemble du problème, ils se sont montrés indifférents à l’écologie, au patrimoine hérité de leurs anciens, et imperméables aux signaux d’alerte tout aussi puissants ici qu’ailleurs. Une incapacité qui trahit surtout un parti pris soudé par des intérêts à très court terme, bref, par l’argent : le bien commun ne stimule en eux qu’un réflexe de prédation. Le plus remarquable est qu’il s’agit de la plupart de ceux qui briguent le pouvoir politique, et de leurs soutiens intéressés.

* sur la raréfaction spectaculaire des insectes dans la région : Les guêpes témoins de l’effondrement ?   https://renaissancerurale71bis.wordpress.com/2016/09/11/les-guepes-temoins-de-leffondrement/

 

Depuis le sacrifice de la source historique qui alimentait la cité (6), le divorce du système politique avec l’intérêt général est quasi constant et l’on a vu, cette fois encore, la plupart des élus lutter contre les citoyens, entraver l’action des institutions et celles-ci s’aligner docilement sur le pire. 50 années d’alertes, de résistances, de démonstrations et de propositions n’y ayant rien changé, il est patent que ce système dérive parce qu’il peut être aisément détourné et, évidemment, ne comporte aucun réel moyen de régulation protégeant le bien commun (7). Evidemment, car les postes politiques sont les meilleures places pour prendre et détourner sans risquer d’être contrôlé et réprimé. Evidemment, car ce sont ceux qui briguent qui, depuis le détournement de la révolution de 1789, spolient le bien commun et le détruisent au nom de « la libre entreprise« .

 

L’absence de protection du bien commun est rendue plus évidente parce que ce bien commun n’est pas une propriété exclusive des locaux qui décident ou laissent faire sans se soucier des autres et des conséquences. Il est le bien commun de tous car son influence bénéfique s’étendait très loin de la tête de bassin, très loin de Saint Gengoux, et que sa destruction est dommageable sans limitation de temps et d’espace.

 

En une dizaine d’années, le temps même de cette alerte, les populations se sont effondrées. Raréfaction et dégénérescence des papillons. Quasi disparition des libellules. Régression vertigineuse des insectes pollinisateurs. Il n’y a plus d’insectes attirés par les lampes le soir venu !

 

 

Dans ce village et alentour, seulement pendant les 10 années de la dernière action, il y a eu une chute spectaculaire des populations d’insectes et d’oiseaux – sans même se pencher sur le cas des habitants plus discrets de la campagne (8). Mais c’est bien pire sur le long temps des résistances maintenant connues ! On est pris de vertige en comparant la misère écologique d’aujourd’hui et la biodiversité d’avant le saccage du ruisseau dans sa traversée de la cité (début 1960). Hier des écrevisses et des poissons partout, et aujourd’hui la disparition des guêpes durant tout un été. Les pertes apparaissent si considérables qu’il n’est pas exagéré de parler d’effondrement et d’une désertification faisant écho à l’autre désertification (commerciale, médicale, etc.).

 

Sous ces toits et beaucoup d’autres, il y avait des nids d’hirondelles. Ils ont été détruits depuis 10 ans.

 

 

 

 

 

Depuis une quarantaine d’années et plus, les luttes pour sauver cette cité médiévale et son écosystème ont évolué (ou plutôt régressé) comme d’autres alertes à plus grande échelle, comme celle de l’amiante et des autres polluants, comme l’alerte écologiste… Et, à cette petite échelle aussi, la mémoire a été perdue ou dissimulée. Comme effacée. Cela n’est pas une coïncidence. Comme pour les alertes de grande ampleur, rien n’a été épargné pour que les mobilisations villageoises échouent et ne renaissent pas.

 

Le divorce des mécanismes de représentation avec l’intérêt général est maintenant reconnu assez généralement. Mais beaucoup s’illusionnent encore en croyant que les citoyens attentifs, informés, conscients, peuvent recréer la démocratie en prenant simplement des initiatives et en menant des actions, et que cela est beaucoup plus facile localement dans les petites communautés où les élus sont directement sous le regard de leurs mandants (9). L’exemple des luttes de cinquante ans à Saint Gengoux le National démontre le contraire. La démonstration est d’autant plus accablante que même à l’époque où foisonnaient les bonnes volontés et les idées, il y a 50 ans, tout a été balayé et que l’essentiel de ce que la population voulait sauvegarder et valoriser a été férocement détruit. Pour restaurer une démocratie au service du bien commun, il faudra faire beaucoup plus !

 

Eaux vives et espaces humides, sols vivants et terres agricoles, biodiversité, continuité écologique, sécheresse et réchauffement climatique, dispersion de l’habitat et désurbanisation (avec lotissements pavillonnaires) *, déplacements motorisés et consommation d’énergie fossile, encombrement des véhicules individuels, patrimoine architectural, dynamisme artisanal et commercial, etc. depuis le début des années 1960, aucune contribution à l’effondrement global n’a été oubliée par les « décideurs » de cette petite communauté (10). Comme à grande échelle. Le parti de la globalisation capitaliste – celui du profit personnel et immédiat contre la vie – a remporté chacune des batailles en bernant tout le monde, puis en s’efforçant de tout effacer derrière lui. Cela laisse peu d’espoir sur la possibilité d’une rémission.

  • dans une cité qui a été un exemple d’urbanisme médiéval et renaissance, la surface construite depuis la fin des années 1970 a plus que doublé, sans continuité architecturale, urbanistique, écologique avec l’ancien !

 

il y a un an

 

la Tour des Archers et ses alentours – « protégés« 

les deux collines de ce côté de la vallée sont classées « zone Natura 2000 »

cet espace fait partie de la tête de bassin versant du Nolange

il est compris dans la Zone Naturelle d’Intérêt Écologique, Faunistique et Floristique (ZNIEFF) « Côte Chalonnaise de Chagny à Cluny »

aujourd’hui

 

la nouvelle entrée de la cité médiévale inscrite en 1968, avec ses abords, à l’inventaire des Monuments Historiques et protégée par une ZPPAUP

 

 

L’histoire de ce bel endroit systématiquement saccagé révèle de façon saisissante la déculturation réalisée en l’espace de deux générations – là comme en beaucoup d’autres endroits. Et, comme généralement, on y constate la désinformation et l’emprise des lobbies, l’incapacité actuelle à voir et comprendre la perte du bien commun et ses conséquences, la prostration devenue commune, le bluff des protections institutionnelles et l’impossibilité d’empêcher la progression du désastre.

 

Alain-Claude Galtié

automne 2017, juillet 2018

 

 

 

(1) …en dépit des espoirs soulevés par la création d’un Pays d’Art et d’Histoire (entre Cluny et Tournus) qui, initialement, s’inscrivait dans le même élan, mais dont l’action a, elle aussi, été entravée, en particulier le projet d’un Plan de Paysage pourtant lancé sur de bonnes bases – sans doute trop bonnes pour les intérêts qui saccagent le patrimoine et le paysage (http://www.pahclunytournus.fr/documents/portal651/pah-diagnostic-indentification-du-vivant.pdf).

 

 

(2) Alors, entre autres vies précieuses qui, aujourd’hui, lui vaudraient un classement immédiat, le ruisseau abritait encore une population d’écrevisses à pied blanc (Austropotamobius pallipes), preuve de la bonne préservation de l’écosystème et de l’excellente qualité des eaux.

 

 

(3) Oralement et par écrit, le Comité de sauvegarde de Saint Gengoux le National a réalisé l’une des 36 contributions (seulement !) à l’enquête publique préalable à l’établissement du Schéma Régional de Cohérence Ecologique (SRCE) pour la Bourgogne. 

http://docs.alterre-bourgogne.org/SRCE-1-Introduction.pdf

Les commentaires de la Commission méritaient quelques compléments d’information. Nous avons communiqué nos observations. Il n’y pas eu de réaction. Pas même un accusé de réception ! Pas d’écoute, pas d’échange… L’effort n’a donné aucun résultat. Les engagements se sont évanouis. Le SRCE et les recommandations de « cohérence écologique » sont restés lettre morte.

Le dossier d’enquête présenté par le collectif résultait de ce travail :

1960-2017 : L’EAU PERDUE de Saint Gengoux le Royal (première partie)

https://planetaryecology.com/leau-perdue-de-saint-gengoux-le-royal-1/

1960-2017 : L’EAU PERDUE de Saint Gengoux le Royal (seconde partie)

https://planetaryecology.com/leau-perdue-de-saint-gengoux-le-royal-seconde-partie/

 

 

(4) Y compris chez ceux qui font campagne pour l’eau, les zones humides, les terres agricoles, le patrimoine… Ainsi Maisons Paysannes de France qui, voici une quarantaine d’années, s’enorgueillissait d’être une composante du mouvement écologiste de la nouvelle gauche* (New Left). Mais pendant les 10 années de cette action, il a été impossible d’intéresser les héritiers des compagnons de l’époque à la sauvegarde du patrimoine et de son environnement. Ce seul décrochage dit l’importance du changement en moins de deux générations, et son sens !

Même chose pour les organisations nationales et régionales de protection de la nature qui, après quelques belles promesses d’action, se sont esquivées sur la pointe des pieds. Pareil pour la Confédération Paysanne qui a paru se vider de toute substance quand nous avons sollicité son soutien pour la préservation des terres agricoles.

Pour bien mesurer à quel point le bien commun est abandonné sans défense à l’appétit des prédateurs :

http://www.eauxglacees.com/L-ecologie-des-catacombes-par

 

 

(5) dépossession des activités productrices autonomes (à commencer par l’agriculture, l’artisanat, le commerce), dépossession des « marchés » (comme ils disent)… Comme ils le font jusque dans les écosystèmes complexes, par exemple les forêts tropicales primaires : déculturation des populations, spoliation, écocide, réduction drastique de la diversité économique pour concentrer entre leurs mains au moins une partie de la multitude des échanges préexistants. Car la seule valeur économique des activités « durables » contrôlées par les populations est supérieure – bien supérieure – à l’exploitation forcenée et à court terme. Ce qui, bien sûr, n’intéresse pas les prédateurs qui ne veulent que s’approprier, tout s’approprier, même s’ils ruinent la planète.

 

 

(6) La Source de Manon vraisemblablement captée au XIIIème siècle… Un sacrifice d’ailleurs aggravé en 1982 quand la municipalité responsable des plus grandes destructions a plus que doublé la surface de la décharge grâce à une « déclaration d’intérêt public » (!).

Et maintenant ? Maintenant, la source débite toujours. Vraisemblablement encore polluée par la décharge non curée, son eau est jetée à l’égout. Aucune analyse n’a été réalisée pour faire le point et décider de ce qu’il convient de faire pour redonner vie à la source, à son écoulement naturel ou artificiel. Pourquoi ?

 

 

(7) A 23 km, Tournus, autre cité de longue histoire, était également menacée par un projet de centre commercial étendu sur la campagne. Il était également porté par les élus et l’administration, la main dans la main. Mais, exactement à l’inverse de Saint Gengoux dont toutes les forces semblent avoir été épuisées par les luttes précédentes, il y a eu prise de conscience et mobilisation ; et le pouvoir des spéculateurs a été renversé par les citoyens.

site de l’association de défense de Tournus :
Tournugeois Vivant
http://tournugeoisvivant.de-tournus.com/

https://www.facebook.com/TournusCitoyens/?hc_ref=ARQP3JQAey6IhXCplZzrCzYSbbFo2vrRf6-IuUZTB_e0nhe4XV13YKfah3amDC-HUeI

 

 

(8) Démonstration de haine du vivant s’il en est, et qui confirme la dérive révélée par les autres destructions, la plupart des nids d’hirondelles ont été détruits depuis les années 2000.

 

 

(9) Le coup d’État citoyen – Ces initiatives qui réinventent la démocratie, par Elisa Lewis et Romain Slitine

« Abstention galopante, désertion des partis politiques, impuissance des élus face aux maux de notre société… : longue est la liste des symptômes de notre démocratie malade. Face à ces constats moroses sans cesse répétés, il est urgent d’agir.


Quelles sont les alternatives crédibles pour sortir de l’impasse ?


Pour répondre à cette question, les auteurs ont sillonné la planète pendant près de deux ans et sont allés à la rencontre de quatre-vingts défricheurs qui expérimentent de nouveaux remèdes en dehors des sentiers battus. Les initiatives qui ont fait la preuve de leur efficacité existent : en Islande, des citoyens tirés au sort rédigent eux-mêmes leur Constitution ; en Espagne, des partis politiques « nouvelles générations » redonnent le goût de s’engager ; en Argentine ou en France, des électeurs coécrivent les lois avec les parlementaires sur des plates-formes collaboratives ; un peu partout, des élus inventent de nouvelles manières de gouverner…


À partir de ces expériences inédites, ce livre décrypte la transition démocratique à l’œuvre. Il ouvre des pistes de réflexion pour renouveler notre démocratie et propose des solutions concrètes dont chacun peut se saisir. Et il apporte des raisons d’espérer.« 

 

(10) Eté 2018, les ruisseaux sont à sec. En fond de vallée, dans la cité où l’eau est d’ordinaire à moins de 1 mètre de la surface, elle est descendue à moins de 2m30.

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